Henri Bergson L'expérience de la durée |
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| Auteur : Brigitte Boudon |
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De père compositeur musicien exilé de Pologne et d'une mère anglaise, Henri Bergson (1859 - 1941) fut élevé dans les règles du judaïsme traditionnel. Il fréquenta l'Ecole Normale Supérieure à l'époque où la philosophie officielle était le kantisme rigoureux. Il trouve que les connaissances venant des mathématiques et de la physique parlent davantage de l'espace que du mouvement lui-même, de la mesure du temps que du temps lui-même. Ce qui le conduira à chercher une réponse à ces questions dans la philosophie. <?
Une philosophie de la vie et de l'intuition
La philosophie de Bergson s'enracine dans l'expérience vécue du temps, c'est-à-dire de la durée. Bergson remarque que le temps se présente d'abord comme durée ; c'est un flux continu, un devenir irréversible, spontané, non répétitif, imprévisible, créatif, un élan vital. Il y a un seul temps que l'on parvient à saisir sans intermédiaire, dans sa réalité, à savoir sa propre durée intérieure, que l'on expérimente directement, lorsque, par exemple, l'on sent qu'une demi-heure de jeu est plus courte qu'une demi-heure d'attente. La durée est une présence du temps à la conscience : Bergson nommera intuition cet acte qui lui permet de saisir, comme de l'intérieur, le temps en tant que durée. Par l'intuition, la conscience pénètre dans l'objet, le perçoit du dedans, et peut ainsi s'identifier à lui.
Des vues nouvelles sur l'homme
Bergson présente des vues nouvelles sur le rôle de l'intelligence et de l'intuition, sur la nature de la liberté et celle de la vie. Comme Proust, Bergson a eu la claire vision qu'il y avait un obscur refus du temps dans les hommes, qui conduisait ceux-ci à perdre leur temps et à se perdre dans le temps. Mais si l'homme fait l'expérience de la durée intérieure, il peut s'apercevoir que rien n'est jamais perdu et qu'il y a dans l'intérieur de la vie, une vie bien plus profonde que celle qui perd son temps parce qu'elle croit celui-ci perdu.
(1) in la philosophie contemporaine en Europe, I.M. Bochenski, Editions Payot, page 90
«La conscience est un trait d'union entre ce qui a été et ce qui sera, un pont jeté entre le passé et l'avenir»
Berson fit de brillantes études à Paris de mathématique et de philosophie. Professeur au Collège de France, membre de l'Académie française, Prix Nobel de littérature, son oeuvre se compose essentiellement de quatre grands ouvrages : Essai sur les données immédiates de la conscience, Matière et mémoire, L'Évolution créatrice, Les Deux Sources de la morale et de la religion, de deux importants recueils d'articles L'Energie spirituelle et La Pensée et le mouvant. Le Rire et Durée et simultanéité étant deux livres de portée plus limitée.
«En résumé, il y a deux domaines : d'une part, le domaine de la matière spatiale et rigide, subordonné à l'intelligence pratique ; de l'autre, le domaine de la vie et de la conscience qui dure, auquel correspond l'intuition. L'intelligence étant d'application exclusivement pratique, la philosophie ne peut utiliser que l'intuition. Les connaissances obtenues par ce moyen ne peuvent s'exprimer en idées claires et précises, et les démonstrations, de même, ne sont pas possibles. La seule chose que la philosophie puisse faire, c'est d'aider les autres à éprouver une intuition semblable à la sienne.» (1)
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